Le site de la Foire Régionale du Fromage Fermier de Corse - U situ di a Fiera di U Casgiu

Innovations sociales et nouvelles solidarités territoriales dans la Corse de l’intérieur


Rédigé le Jeudi 30 Avril 2015 à 16:07 | Lu 290 fois



 
La dernière décennie est venue confirmer en les aggravant les fractures multiples, sociales, économiques et spatiales, qui défont la société corse et ses territoires. A l’insularité et aux anciennes divisions naturelles et culturelles sont venues s’ajouter de nouvelles sources de ségrégation marquées par une forte littoralisation des activités humaines et des îlots de richesse rares et souvent repliés sur eux-mêmes. Les sociabilités villageoises sont délitées et une anémie de la vie sociale est palpable particulièrement dans les villages de l’intérieur. La famille ne constitue plus une garantie de solidarité et la paupérisation touche en profondeur un grand nombre d’insulaires. Ainsi, se dessine une véritable « mosaïque de la misère » dont les flambées de violence viennent souligner le caractère dramatique.
Le constat est là. Une matrice délétère est en place à partir de laquelle les Corses ne font plus société.
Comment (re)faire société dans une île objectivement divisée et soumises à des intérêts puissants et contradictoires ? A partir de quelles valeurs et de quelles formes contractuelles est-il possible de repenser les liens sociaux ? De quelles façons et dans quels cadres sommes-nous ou devenons nous corses aujourd’hui ?
 
En dépit et contre ces tendances régressives, un foisonnement d’initiatives populaires souvent fragiles, à caractère social, culturel ou économique montre l’existence d’un dynamisme villageois. Avec la crise et l’accélération harassante de la vie urbaine, la vie en milieu rural devient attractive. La variété croissante des activités artisanales, des productions alimentaires et les initiatives de TPE apportent la preuve d’une réelle volonté d’entreprendre et d’innover. De même, de plus en plus de communes rurales proposent des animations collectives et de nouveaux services à la personne. Dans le domaine de la culture, l’engagement de la jeunesse pour le développement de la langue Corse fournit d’autres  sources de vitalité.  Dans le domaine socioéconomique, les foires rurales témoignent depuis des décennies des capacités locales.
Ainsi, un autre constat s’impose, face à la crise, un mouvement d’innovations sociales est en cours dans la Corse de l’intérieur.
Ces initiatives constituent des alternatives de développement social ainsi qu’une voie d’équilibre entre la Corse de l’intérieur et son littoral. En même temps qu’elles constituent de puissants instruments d’intégration des différentes composantes de la société corse.
 
Pourtant, ces dynamiques sont malheureusement peu couplées à l’action publique. Pris dans les anciens schémas descendants et faute de méthodes, l’État et les personnels politiques régionaux ne parviennent pas à penser de nouvelles modalités d’action pour retourner la tendance. La collectivité territoriale a fait dans le cadre du PADDUC de louables efforts de consultations des populations. Mais ces efforts sont vains s’ils ne rencontrent pas les projets portés par les citoyens eux-mêmes. Le dynamisme associatif qui s’exerce aux marges du fonctionnement institutionnel est encore trop pensé comme un « surcroit d’activité », le « bonus » de périodes fastes.  A la première crise venue, le soutien public est stoppé. Or, les solutions à la sortie de crise sont souvent issues de ces dynamiques sociales. La multiplication des États généraux, des assises, des tables rondes pas plus que la multiplication des expertises ne suffit à enclencher l’élan de relance nécessaire. A l’évidence, la situation de crise réclame d’expérimenter de nouvelles formes d’action collective qui s’appuient sur les initiatives populaires et locales.
 
Le principal enjeu auquel le monde associatif doit faire face se situe là : redonner une force aux populations locales pour peser sur les décisions publiques. Cela exige de revoir les méthodes. Nombre des initiatives mobilisent de nouveaux leviers tant en terme d’organisation qu’en terme d’équipements. Face aux processus de désilience qui frappe les communautés rurales, seules une pratique continue visant à l’autonomisation des individus peut créer de nouveaux liens sociaux. Associer la pensée critique et l’action suppose d’affronter et de mobiliser tout ce qu’offre les technologies de la modernité en s’appuyant sur des expériences d’acteurs et des éclairages extérieurs.
 
A l’occasion de ce 20ème anniversaire, gageons que les initiatives locales et populaires,  comme la Fiera di u Casgiu, et les innovations sociales dont elles sont le creuset, continuent à être soutenues par des institutions publiques, dans le respect de l’autonomie des collectifs d’organisation et celui des visiteurs.