La brebis corse se caractérise par son petit format (poids vif 35 - 40 kg), ses qualités laitières, sa rusticité et son aptitude à la marche c'est donc un animal totalement façonné par son milieu.
La brebis laitière a, de tout temps, été un pilier de l'agriculture insulaire, même si comme beaucoup d'autres régions montagneuses, la Corse a payé un lourd tribu à l'exode rural et à la désertification.
Le nombre de brebis en Corse a donc amorcé un maximum en 1930, puis une chute vertigineuse, notamment dans les années 1960. Toutefois, depuis quelques années, la production a repris un nouveau souffle et le nombre de brebis est à nouveau en augmentation.
Cette évolution au cours du XX e siècle peut s'expliquer par deux faits marquants :
• L'installation des industriels laitiers de Roquefort en Corse à la fin du XIXe siècle, qui comptèrent jusqu’à 180 laiteries en 1922, et qui collectaient la quasi totalité de la production insulaire. Aujourd’hui, suite au désengagement partiel de Roquefort en Corse, ne subsiste plus qu'une seule unité en Haute Corse, qui concentre la collecte des 150 apporteurs, et transforme un peu moins du tiers de la production de l'île.
• A partir de 1960 la mise en valeur des zones littorales à des fins agricoles et touristiques a profondément perturbé un système pastoral très ancien, qui s'appuyait sur la pratique d'une double transhumance, I'automne et l'hiver dans les zones de bord de mer, vastes plaines marécageuses et désertes, infestées par la malaria, mais où la clémence des températures permettait une pousse continue de l'herbe. En mai - juin les bergers revenaient vers les zones d'altitude où les troupeaux restaient durant toute la période sèche.
Le pastoralisme est l'essence même de l’élevage ovin en Corse, et malgré la sédentarisation de plus en plus marquée des éleveurs, les pratiques ancestrales de sélection et de conduite des troupeaux demeurent encore vivaces.
La production laitière associée à l'errance non contrôlée des troupeaux tant l'hiver en plaine que l’été en montagne, avait conduit les éleveurs à sélectionner les brebis sur de multiples critères :
• Pour choisir les mères à béliers ou à agnelles, la sélection se faisait sur l'estimation de production des deux premières lactations. Une fois l’animal sélectionné et repéré, il conservait, toute sa vie durant cette qualification. La longévité étant un caractère de rusticité, il n'est pas rare encore aujourd'hui de voir des brebis à potentiel exceptionnel présenter 10 à 12 lactations contrôlées, et un nombre de filles dans l’élevage proportionnel à leur âge " canonique ".
• Critère morphologique important la conformation de la mamelle devait concilier à la fois facilité de traite et présenter une attache suffisamment haute pour être protégée sur les longs parcours en zones accidentées.
D'autres critères étaient plutôt liés au comportement social des animaux (grégarité et docilité), ce qui amenait les bergers à conserver des lignées de brebis très spécifiques. Aujourd'hui encore, grâce à la couleur très variée des toisons qui permet une bonne identification des brebis, le concept de souche ou de lignée est encore très largement répandu.
Une alimentation quelquefois insuffisante et l'utilisation exclusive du plein air ou l'instinct maternel était souvent le seul rempart face aux prédateurs, favorisait la recherche d'une prolificité minimum, voir le sacrifice systématique d'un des agneaux né d'une portée double.
Le pastoralisme en Corse n’a jamais justifié, vu sa spécificité, de recours à l'utilisation de chiens de travail. Il a par contre induit l'utilisation d'animaux " guides ", des béliers castrés en général. Leur rôle principal, outre celui de porter la cloche qui permet de repérer le troupeau, était de guider celui-ci vers la montagne ou vers la mer lors des deux transhumances, mais aussi sur les circuits de pâturages définis à l’origine par le berger et que les castrés reproduisaient ensuite, années après années.
Aujourd'hui encore le système ovin dominant demeure extensif ou semi extensif, et l'utilisation de ressources fourragères extérieures à l'exploitation (montagnes, vignes, vergers d’agrumes, parcours et friches), justifie la continuité de ces pratiques.
L'utilisation du plein air reste encore la règle générale, même pour les élevages de montagne, désormais sédentaires, qui utilisent des bergerie uniquement en période hivernale pour abriter les brebis la nuit.
Depuis quelques années et bien que les problèmes liés à la maîtrise du foncier restent souvent insolubles, la sédentarisation des éleveurs s'est accentuée. Avec elle, le recours à l'utilisation du matériel agricole s'est affirmé, sans que les pratiques pastorales soient totalement abandonnées. L’équilibre financier des éleveurs s’en est pourtant trouvé largement fragilisé, et les critères écologiques de production se sont donc modifiés.
Les moyens techniques désormais utilisés pour sélectionner les brebis sont le contrôle laitier et l’insémination artificielle, qui pallient à certaines insuffisances du système traditionnel (indexation, contrôle de paternité, testage des béliers...), mais leur utilisation se fait dans le cadre d'une réflexion plus générale, qui veut qu'en Corse et compte tenu des systèmes d’élevage (plein air) pâturage dominant, traite manuelle, transformation fermière,...) l’augmentation de la production laitière individuelle ne peut pas être le seul et unique critère de sélection de la race corse, comme la génétique ne peut pas être la seule voie d’amélioration des performances.
D'après Pâtre octobre 1997
UPRA BREBIS CORSE
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